lieux mystères (essai atelier écriture)

 

 

Elle cligne des yeux afin de les ouvrir, fronce les sourcils, hésitante,  pourtant il semble qu'il n'y ait rien à voir, un rideau lourd pèse sur ses paupières. De la main droite elle veut l'écarter mais rien ne se passe...

Elle bouge la tête dans un mouvement lent comme pour se hisser, quelque chose de dur dans sa bouche pâteuse lui extirpe un drôle de rictus d'autant que l'odeur acre de fumée lui prend à la gorge, elle tousse, cherche de sa main libre un mouchoir, un papier pour cracher mais le noir est tout autour.  Elle avance les doigts à tâtons,  en aveugle elle tatillonne aussi loin qu'elle peut, sans succès, juste une sorte de gravier semble l'entourer... A nouveau elle frotte ses yeux clos par un espèce de brouillard opaque et tiède.

Peu à peu le voile semble s'éclaircir, elle perçoit des ombres plutôt maléfiques.

Le silence alentour pénètre tout son être. Elle grelotte, claque des dents, l'atmosphère est empreinte de lourdeur et d'odeurs qu'elle ne reconnaît pas ! La main libre elle repousse un amas de cheveux, chauds et humides à la fois. Un éclair de lumière la balaye un court instant, elle tente à nouveau de s'étirer mais n'y parvient pas, elle panique, se met à crier, hurle encore et encore jusqu'à ce qu'aucun sons ne sortent plus de sa gorge. Le corps soulevé par des tremblements convulsifs.

Qu'est ce qui m'arrive ? Où suis-je ?

Ses yeux piquent au fur et à mesure qu'elle les ouvre un peu plus, mais toujours cette pénombre comme lorsqu'on se force à regarder au travers de volets la nuit tombée. Du noir, tout est noir, mais au loin elle perçoit des points lumineux, semblables à des flashes fixes, parfois intermittents et qui disparaissent aussi vite qu'ils sont apparus !

Comment suis arrivée ici ? Pourquoi donc suis je cloitrée ainsi dans cet endroit exigu, malodorant, sans lumière du jour ?

Que m'est il donc arrivé ? Je n'arrive pas à bouger librement,comme si j'étais ficelée …

Elle tente un énième effort afin de dégager ses jambes, une douleur lancinante lui martèle les tempes et le bas du dos.

Elle voudrait se calmer mais n'y arrive pas, elle ne se souviens pas!

Elle écarquille les yeux de toute ses forces vacillantes, son regard s'habituant aux ténèbres se pose sur sa main droite éclairée subitement par un flux bref de lumière orange, un cri sourd de bête blessée s'envole dans l'air la laissant désemparée, tremblante, puis le silence et le grincement de ses dents les unes contre les autres.

 - au secours,au secours, aidez moi, je vous en prie aidez-moi...J'ai si froid, terriblement froid

La douleur s'intensifie dans tout le corps, l'air glacé est irrespirable, elle tousse à nouveau, frotte sa main sur sa cuisse ce qui lui extorque un cri indescriptible.

Petit à petit elle sombre dans une certaine léthargie, murmurant des noms, appelant et appelant d'une petite voix brisée qui ne semble attirer personne, sa tête tombe sur son épaule tel un ballon dégonflé.

A l'extérieur le vent de mars souffle et des trombes d'eau s'abattent dans la noirceur, entrecoupée de zig-zag lumineux et de bruits sourds ressemblants à des turbines de bateaux, des moteurs au ralenti peut-être ?

Où m'emmène-t-on ? Pourquoi ?

Tout d'un coup elle s'éveille prise de convulsions, il lui semble entendre des voix, serait ce ses sauveurs, des ravisseurs?

Non, non c'est peu probable qui lui voudrait du mal, tout se bouscule dans sa tête et elle se remet à crier : aidez-moi, aidez-moi, son timbre de voix est presque inaudible, elle ne s'entend même pas !

De grosses larmes émergent de ses yeux fatigués, elle est épuisée mais tente de bouger...c'est peine perdue, elle est vraiment prisonnière ! Mais de qui et pourquoi ?

Le regard rincé par le flot de larmes, il lui semble mieux distinguer son espace, ses mains sont engourdies, mouillées, elle ne voit pas la gauche ni ne la sent vraiment, lui aurait-on ligotée par derrière ?

Elle ne ne sent pas non plus ses jambes, seul son pied droit semble encore exister.

Toutes ces sensation l'exténuent plus encore.

Totalement déboussolée, frigorifiée, elle sombre dans une torpeur salvatrice qui anéantit ses doutes, ses craintes et sa douleur.

- j'ai froid murmure-t-elle une dernière fois avant de s'évanouir...

 

 

Sur la grève dépeuplée en ce mois de décembre elle regarde les mouettes virevolter autour d'elle, le ciel bleu teinté de gris est zébré de blanc par endroit comme si on y avait tracé des chemins de promenade. Une fine pellicule de poudreuse s'est déposée sur le sable, l'air est vif et empli d'iode parfumé, elle enfonce plus profondément sont bonnet de laine sur sa tête, quelques mèches blondes s'échappent et viennent se plaquer sur son visage;

- maman, maman regarde comme il monte haut

- c'est super ma puce, il est magnifique, tiens le bien

Son regard se pose avec une infinie tendresse sur ce petit bout de femme d'à peine cinq ans, qui gesticule en tous sens avec son cerf-volant multicolore.

Un peu plus loin elle entend les éclats de rire du petit dernier que son mari porte sur son dos en sautillant, ses yeux pétillent :

- ce doit être cela le bonheur, pense-t-elle tout bas en ébauchant un sourire.

Les mouettes se jettent sur les bouts de pains qu'elle lance sur la neige, parfois l'une d'entre elles la frôle d'un battement d'aile

- ce doit être cela la liberté pense t-elle en les regardant s'envoler...

 

 

Un raz de marée de bruits, de voix, de sons en tout genre ... Une tempête de lumière aveuglante... qu'est ce qui se passe ?

Un tel brouhaha la sort de sa détresse, elle se remet à crier :

- je vous en prie aidez-moi

- calmez-vous, on s'occupe de tout, respirez profondément, c'est terminé maintenant

La voix est chaude, grave et plutôt rassurante,  elle entend son coeur qui tonne si fort qu'elle en a la nausée... Elle se sent défaillir à nouveau

- mademoiselle, mademoiselle restez avec moi, mademoi... mad...

Tout ce bruit ! J'ai mal, j'ai froid

- mad... mad... com.. elle n'entend déjà plus rien, ou peut-être est-ce trop, un vacarme assourdissant qui ressemble à une foreuse, une tronçonneuse.... Oh non,

dans un sursaut de conscience elle se met à hurler :

- je vous en prie ne me faites pas de mal, je vous en prie

- calmez-vous, ça va aller.... tenez ça va vous réchauffer

toujours cette même voix grave et réconfortante,  elle sent qu'on la recouvre d'un tissu, elle  tremble et claque des dents.

Les bruits s'accentuent de plus en plus forts, et sa peur ne cesse de croître.

Tout d'un coup il y a comme un craquement, une forte odeur d'essence lui arrive en plein nez...

Effrayée, elle perd connaissance.

 

 

 

 



16-12-2011 | 34 vues

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